Un métier méconnu - Charles Stoltz, ingénieur du son

Charles Stoltz

16 mars 2018

Vous nous recevez aujourd’hui dans votre propre studio, qui semble être un bel accomplissement de votre carrière. Si vous deviez vous définir professionnellement, en quelques mots, que diriez-vous?
Je vous dirais que je suis un ingénieur du son, mais aussi et avant tout un musicien. Je suis guitariste, j’ai fait le conservatoire. J’ai passé un Bac F, ici au Luxembourg, dans la section «musique». Je savais que je voulais faire du son et s’offrait à moi la possibilité soit de devenir un ingénieur du son, soit un musicien professionnel. Dans la mesure où j’ai toujours été intéressé par la technologie, je me suis orienté vers le métier d’ingénieur du son. J’ai alors choisi de suivre un cursus londonien, puisque la profession n’était pas vraiment reconnue, ici, à l’époque. Et je ne souhaitais pas suivre de parcours dans l’événementiel.

Le fait d’être musicien, cela sert pour être ingénieur du son?
Oui, cela aide, surtout si, comme moi, on enregistre de la musique. On peut ainsi échanger avec les musiciens, ils nous comprennent mieux, et peut-être aussi que l’on gagne davantage en respect et en crédibilité. Cela me permet aussi de reconnaître si un problème provient d’un micro, ou s’il provient d’un instrument, ou si au contraire il s’agit d’un problème musical d’ensemble. J’ai l’oreille, en fait, comme on dit dans le métier.

Est-ce que vous avez directement fondé votre entreprise une fois vos études terminées?
Non, pas immédiatement. Quand je suis revenu de Londres, j’ai travaillé en tant que free-lance, dans des salles de concert. Avec un ami, Jacques Hoffmann, nous étions en charge de la sonorisation. Après deux années à travailler ensemble, nous avons décidé de nous associer. C’est là qu’est née l’entreprise HOLTZ SARL, il y a neuf ans à présent.

Alors justement, que fait exactement l’entreprise HOLTZ SARL? Qu’est-ce que vous enregistrez?
J’enregistre de la musique, et uniquement de la musique. Mes clients sont essentiellement des groupes, de pop ou de pop-rock. Il arrive aussi que des groupes de jazz me contactent, même si j’avoue qu’il est un peu difficile de les satisfaire, puisque je manque de place pour enregistrer ce type de musique. Le jazz nécessite souvent la présence d’un piano et il me faudrait un espace plus grand pour pouvoir le faire. Je ne l’exclus pas pour l’avenir, mais pour l’instant mes locaux ne
me le permettent pas.

Vous ne faites qu’enregistrer? Vous n’ajoutez jamais votre touche personnelle?
Cela dépend. Il y a en fait deux façons de travailler. Soit j’agis comme un photographe, dont le but serait celui de prendre une photo de la musique. Il faut alors placer les micros, vérifier l’harmonie et l’entente au sein du groupe et attendre le bon moment pour appuyer sur le bouton qui réalisera le cliché. C’est en fait le travail de l’ingénieur du son. Soit au contraire, je prends la casquette de « producteur-créatif » d’un projet, c’est-à-dire que je vais procurer une aide musicale et créative aux groupes. Je vais donner mon avis, fournir des conseils, et travailler avec eux en profondeur sur la musique. J’essaie en fait de mettre à leur disposition mon savoir-faire et mon expérience. Cela dit, je dois dire que d’une manière générale, même si je ne suis pas le producteur des groupes qui viennent enregistrer dans mon studio, si je constate qu’il y a un problème sur la musique, je le dis toujours. La technique peut être parfaite, mais si les notes jouées ne suivent pas, le rendu ne sera pas bon. (...)

Qu'est-ce qui vous rend particulièrement fier?
A chaque fois que j’allume la radio, et que j’entends un morceau de musique que j’ai enregistré chez moi, dans mon studio, je suis très fier. C’est génial d’avoir un suivi, d’entendre ce que l’on fait, et de savoir que cela profite à tous les auditeurs.

Qu’est-ce que vous diriez aux jeunes qui auraient une passion similaire à la vôtre?
Je leur dirais de faire des stages, de faire beaucoup de stages, pour vraiment voir ce que c’est, que ce métier, et si c’est vraiment conforme à ce qu’ils imaginent. Ce qu’il faut, c’est être véritablement passionné par la musique au sens large, c’est-à-dire par toute la musique et pas seulement par un style de musique. Je serais aussi très encourageant à leur égard, en leur disant que si leur entreprise personnelle ne fonctionne pas, vu qu’ils seront ingénieurs du son, ils retrouveront toujours un travail par la suite et sauront rebondir quelque part dans ce milieu. Je voudrais leur dire aussi que s’établir en tant qu’indépendant confère une liberté formidable pour l’exercice de ce métier, vu que l’on travaille avec des artistes, et que les artistes ont une manière particulière de fonctionner, ne serait-ce qu’au niveau de l’aménagement de leurs horaires. Le fait d’avoir mon propre studio me permet de leur offrir cette flexibilité. Et puis enfin, j’insisterais sur le fait qu’il ne faut pas qu’ils hésitent à prendre des initiatives, à voyager, à se donner à fond dans leur travail. Et qu’ils aient non seulement de la passion, mais aussi de la patience. Il ne faut pas vouloir aller plus vite que la musique.


Pour en savoir encore plus sur le métier de Charles, retrouve son interview complète dans le magazine d'Handwierk. Travailler avec les sons et la musique t'intéresse? Consulte la fiche-métier Opérateur de son.

Interview: Sabrina Funk - Photo: Marion Dessard


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