Un métier méconnu - Caroline Koener, costumière

Caroline Koener

09 mars 2018

La rareté de votre métier est significative, notamment parce qu’il est méconnu. Comment vous êtes-vous orientée vers cette profession?
J’ai commencé à exercer mon activité en tant qu’indépendante, il y a huit ans. Depuis toujours, j’ai été attirée par l’art et la fabrication. Au lycée, j’ai suivi une filière artistique, et avec mes amis, nous faisions des petits films ; nous passions beaucoup de temps à tourner. J’ai toujours aimé les vêtements, mais je ne souhaitais pas faire de mode. Et les films et le théâtre m’intéressaient, notamment parce que j’aime bien l’histoire et la littérature. Du coup, faire des habits dans ce contexte me plaisait, car je ne voyais pas de but directement commercial. C’était pour moi – et c’est toujours d’ailleurs - un monde un peu magique. Dès mes 17 ans, je savais clairement que c’est ce métier que je souhaitais exercer. Je suis partie en Angleterre, parce que j’y ai trouvé une vraie spécialisation dans ce que je désirais entreprendre. J’y ai étudié tant le design que la fabrication de vêtements. C’était un cursus très complet et très passionnant. J’y suis restée 5 ans. (...)

En quoi consiste votre activité, clairement?
C’est assez simple: on m’envoie des scripts de films, ou de pièces de théâtre. J’aime faire les deux, car l’un et l’autre sont enrichissants. Je lis le script, et au fil de la lecture me viennent mes propres idées, que je présente ensuite au metteur en scène du film. S’il a aimé mes premières idées et mon univers, il va alors continuer à travailler avec moi et me faire part à son tour de ses propres réflexions, de ses désirs éventuels, de sa manière de voir les choses. On discute ensemble d’atmosphère, de caractéristiques des personnages, de décors, et c’est vraiment cela qui me plait.

Je rentre ensuite chez moi et je confectionne ce que j’appelle un «moodboard», ou une planche d’inspiration. Je recherche des images, que je colle ensemble, pour entrer dans l’atmosphère. C’est le support du concept. De là vont se dégager des couleurs, des spécificités, et c’est également de là que va naître ce que j’appelle mon «feeling», qui me guidera tout au long du film, pour les habillements des personnages. (...)

En général, de combien de temps de préparation disposez-vous?
En moyenne, on parle de 4 à 6 semaines, ce qui est très peu. C’est pour cette raison que le travail de préparation, la réalisation du moodboard, la recherche des tissus, sont des étapes fondamentales, pour mieux appréhender la suite, parce que les 4 à 6 semaines sont nécessaires pour la conception des costumes de tous les personnages, y compris des figurants. Ceux-ci peuvent d’ailleurs parfois être très nombreux, ce qui veut dire que le travail en ce qui les concerne n’est pas à négliger. Les personnages principaux sont eux aussi amenés à changer de nombreuses fois de tenues tout au long du films. Il m’est donc impossible de réaliser seule le travail de conception. Je fais tous les designs, mais je dois travailler avec des couturières et des assistantes. Les timings sont toujours extrêmement serrés, mais je suis vraiment motivée, parce que j’aime vraiment ce que je fais.

Mis à part le talent et la maîtrise technique, quelle qualité est-il nécessaire de posséder pour s’épanouir dans votre métier?
Je dirais qu’il faut de l’humilité, et savoir vraiment mettre son égo de côté. Parce que le projet, le film, il appartient au metteur en scène, et non au costumier. Dès lors, même si tout le monde regarde sans arrêt les tenues des personnages, et que les vêtements sont absolument indispensables dans un film, ce ne sera pas ça qui sera mis en avant au final. Cela peut aussi engendrer certaines frustrations, pour les cas où on a de grandes idées qui, au final, ne seront pas retenues car elles ne plaisent pas au réalisateur. Il faut parfois savoir faire preuve de persuasion, et se battre pour convaincre, si on y croit vraiment.

Le métier amène à se déplacer souvent?
Oui, énormément. Il y a déjà eu des films pour lesquels je devais me déplacer cinq fois par semaine. Si, par exemple, je dois habiller 500 figurants, je dois optimiser au maximum mes achats et mes locations au sein de ce que nous appelons des «Fundus» (là où sont stockés des vêtements). Il est possible que pour les uns je trouve mon bonheur à Madrid, et pour d’autres à Rome, le tout en fonction de mon design et de ce qui va plaire au réalisateur, évidemment. Il y a aussi bon nombre d’essayages à prévoir avant le tournage. Si on nous dit que tel acteur, plus ou moins connu, ne peut venir que tel jour à Londres, et qu’il n’a pas d’autres disponibilités, il faut y aller. Sachant qu’il peut y avoir de nombreux acteurs principaux, pour lesquels on a de gros travaux de confection, d’essayage et de réessayage, je vous laisse imaginer les déplacements… Mais c’est absolument palpitant. (...)

Vous semblez heureuse dans votre travail. Qu’est-ce que vous diriez aux jeunes, qui pourraient être intéressés par l’exercice de votre métier?
Je leur dirais d’y aller, de foncer, et de commencer par faire beaucoup de courts métrages. Ils sont en effet très formateurs, ils ne requièrent qu’une semaine de tournage et permettent de se faire une bonne idée sur le travail d’ensemble. Ils offrent également l’opportunité d’apporter sa touche personnelle, de «montrer sa patte», sa propre manière de concevoir les costumes. J’insisterais sur le fait que si on a un rêve, il faut absolument tout faire pour le concrétiser. En ce qui me concerne, je ne changerai rien à mon parcours, j’en suis heureuse et fière. Il n’y a pas beaucoup de métiers qui permettent de faire vivre chaque jour de sa vie comme dans un film.


Pour en savoir encore plus sur le métier de Caroline, retrouve son interview complète dans le magazine d'Handwierk. Envie de suivre ses pas? Tu trouveras des pistes dans les fiches-métiers Couturier et Tailleur.

Interview: Sabrina Funk - Photo: Marion Dessard


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